Mardi 23 décembre, à l’aube.
Les Luma et moi prenions la route avec cette tension électrique qu’on ressent avant les grands rendez-vous.
Steve n’est pas seulement un conseiller. Il est le gardien d’un lieu chargé d’âme : la chapelle de la Basilique Saint-Eutrope. Il nous a poussés à voir plus loin : mieux exposer notre musique, affirmer notre identité, penser au-delà des murs d’une salle de répétition. Il nous a challengés sur le son, celui du plateau mais aussi celui qu’on envoie en façade. Il nous a parlé de présence, d’espace, de silence, de regard.
Mais ce mardi-là, pas de théorie.
Steve avait réuni son équipe de choc : un sondier, un lighteux, un vidéaste. Une escouade prête à capter l’instant. Lui, en chef d’orchestre discret, supervisant l’ensemble avec l’œil de celui qui sait que la magie ne prévient pas, elle se provoque.
Pénombre. Silence. Odeur de pierre froide.
Puis les lights s’allument.
Et là… claque visuelle.
La salle s’embrase doucement. Les ombres s’étirent. L’espace respire. On se regarde. On comprend immédiatement que ce ne sera pas une session comme les autres. Il va falloir envoyer. Vraiment envoyer. Quelque chose de plus grand que nous flotte dans l’air, ou peut-être est-ce simplement l’effet combiné du trac et du café noir.
Installation. Câbles. Amplis. Balances.
Puis ce moment suspendu où tout est prêt.
Après les présentations de l’équipe, l’installation du matériel et des balances, l’on se sent finalement d’attaque pour démarrer l’expérience. Il s’agissait à la fois d’une captation live sur quatre morceaux de notre répertoire et d’une interview où l’équipe de Saint-Eutrope tente de dévoiler le Luma Project, les influences des différents membres, la manière dont ces courants pourtant différents ont su fusionner dans ce projet.
On ouvre avec Mr. High.
Un morceau nerveux, tendu, à la frontière du punk et de la transe psychédélique. Ça attaque sans prévenir. Guitares abrasives. Rythme qui cogne. Une montée qui ne demande aucune permission. C’est brut, habité, presque sauvage. Et oui, il arrive très, très bientôt. Restez à l’affût.
Deuxième salve : Borokaan.
Un titre mystérieux, presque chamanique. Il a changé de nom plusieurs fois pendant sa gestation — Le Nain Jaune, puis Le Nain Vert. Comme s’il refusait de se laisser enfermer. Aujourd’hui, Borokaan sonne comme une incantation. Les influences folkloriques s’y entremêlent à des élans progressifs. Le morceau respire, se transforme, surprend. Il raconte quelque chose d’ancien avec une énergie contemporaine.
Puis vient Groove.
Si vous nous suivez, vous le connaissez. C’est souvent lui qui ferme nos concerts depuis deux ans.
Notre exutoire collectif. Le moment où les corps lâchent prise. Basses saturées, tension qui monte, solo incandescent. Une énergie qui pourrait rappeler Clutch, quelque part entre le stoner gras et le hard rock frontal. Groove, c’est le grain de folie qu’on libère avant d’éteindre les amplis. Celui qui laisse le public avec les jambes tremblantes et le sourire en coin.
Et enfin, le final.
Closer.
Alias “PoupipoU” pour les initiés.
Certains l’ont déjà entendu en live. Le morceau n’a encore rien d’officiel.Au-delà des références, Closer raconte une chute.
Celle d’un personnage consumé par une ambition démesurée. Prêt à tout pour réussir. À tout sacrifier.
À tout écraser. Il gravit les sommets avec rage, pour découvrir, une fois arrivé, que le vertige commence là-
haut. Rester est plus difficile qu’atteindre. Les regards pèsent. Les attentes étranglent. Rien n’est acquis.
Le passé ne garantit rien.
Alors il doute.
Il s’agite.Il se noie dans un verre d’eau trop étroit pour son ego.
Et comme certains “grands” sur le déclin, il tente de se convaincre qu’il s’est fait seul. Que tout lui
revient. Que la chute n’existe pas.
On est ressortis vidés.
Électrisés.
Plus déterminés que jamais.
Le Luma Project avance.
Et ce n’est que le début.
Je profite de cette tribune pour remercier Steve pour son accompagnement et la confiance qu’il met en nous ainsi que toute son équipe qui ont fait un travail remarquable.
Viva Saint-Eutrope et à très vite pour la sortie de Mr. High !